L’intelligence artificielle pourrait rapporter entre 83 et 262 millions de dollars à l’économie togolaise sur une période de dix ans. C’est l’estimation présentée dans l’Indice Ayre, une étude publiée en marge du sommet du Commonwealth à Antigua-et-Barbuda, le 5 novembre 2026. Pour atteindre ce potentiel, le Togo devra toutefois améliorer son accès à Internet, renforcer la formation et développer les compétences numériques.
Selon cette étude, le pays obtient un score de 42,6 sur 100 en matière de préparation à l’intelligence artificielle, en dessous du seuil de 53 points retenu par les chercheurs. Il occupe la 37e place sur 56 pays évalués au sein du Commonwealth. Seuls 15 pays atteignent le niveau de préparation fixé.
L’un des principaux défis concerne l’utilisation d’Internet par les jeunes. Malgré une couverture 4G estimée à 99,7 % de la population, seuls 44,9 % des jeunes Togolais utilisent Internet. L’étude attribue notamment cet écart au coût des données mobiles, qui représente environ 9,5 % du revenu mensuel moyen et dépasse le cinquième des revenus des 40 % les plus pauvres.
La qualité de la connexion constitue également un obstacle pour les entreprises. Près de trois entreprises sur quatre interrogées signalent des interruptions de service. À cela s’ajoutent les insuffisances du système éducatif dans le domaine numérique. L’étude attribue à l’éducation un score de 2,5 sur 10, en raison notamment du manque d’enseignants formés et de la faible place accordée à l’informatique dans les programmes scolaires.
Malgré ces difficultés, plusieurs initiatives sont déjà engagées. Depuis septembre 2026, le gouvernement expérimente le programme « Voix du Togo », qui vise à développer des outils d’intelligence artificielle capables de comprendre l’éwé, le kabyè et le moba. Le projet pourrait ensuite être étendu à une cinquantaine de langues nationales.
Les autorités prévoient également de former 101 spécialistes chargés d’animer de nouveaux laboratoires d’innovation pédagogique. L’introduction de l’intelligence artificielle dans l’enseignement technique figure aussi parmi les mesures envisagées.
L’entrepreneuriat des jeunes représente un autre enjeu. Près d’un Togolais sur quatre âgé de 18 à 29 ans dirige une jeune entreprise. Toutefois, 84 % de ces entrepreneurs déclarent s’être lancés dans cette activité faute d’avoir trouvé un emploi. Pour les chercheurs, l’intelligence artificielle pourrait améliorer leur productivité, à condition qu’ils disposent des compétences, des outils et des financements nécessaires.
Les projections économiques, fondées sur des scénarios du Fonds monétaire international (FMI) utilisés par les chercheurs, situent ainsi les gains potentiels entre 83 et 262 millions de dollars sur dix ans. Le montant de 172 millions de dollars correspond à une estimation intermédiaire présentée dans l’étude.
L’enjeu pour le Togo consiste donc à transformer le potentiel de l’intelligence artificielle en retombées économiques concrètes, tout en réduisant les inégalités d’accès aux technologies numériques.




