Au Bénin, les résultats du Certificat d’Etudes Primaires (CEP), session de juin 2026 sont connus. Un progrès majeur est noté au bout des efforts consentis. Le taux de réussite au plan national dépasse quatre-vingt-dix pour cent. Et, pour mieux comprendre les facteurs de cet état de chose, le docteur en Sciences de l’Éducation et de la Formation et spécialiste de l’évaluation des systèmes éducatifs Dr Joseph KPONOU a été reçu ce lundi 29 juin 2026 dans le Grand Direct (11H45 GMT) dela chaine privée béninoise, Radio Sêdohoun.
Le Bénin affiche un taux national de réussite au CEP 2026 de 90,17 %. En tant que spécialiste de l’évaluation des systèmes éducatifs, Dr Joseph KPONOU explique que ce résultat est à la fois encourageant et stimulant. « 90,17 %, c’est près de neuf candidats sur dix qui ont franchi cette étape fondamentale. C’est le fruit d’un travail collectif : enseignants, encadreurs pédagogiques, familles…», dit-il avant de relativiser. « Je m’en réjouis sincèrement. Mais, ce chiffre m’invite aussi à regarder le revers : ces 10 % d’élèves qui n’ont pas réussi représentent des signaux pédagogiques que notre système doit savoir lire et corriger. »
A l’en croire, le taux de 90,17 %, témoigne « d’une dynamique positive. Il nous dit que là où l’encadrement de proximité est fort et les communautés engagées, les résultats suivent. Mais, il révèle aussi des inégalités territoriales persistantes : 13,45 points d’écart entre le Borgou, premier à 97,09 %, et l’Atacora, dernier à 83,64 %. Cet écart n’est pas une fatalité, c’est un défi de politique éducative. C’est en tout cas le défi que ce résultat nous lance collectivement… »
Des départements en difficulté et la surprise du Nord !
Le Borgou est premier à 97,09 %, suivi des Collines et de la Donga. Cette domination du nord et du centre révèle en effet que le Borgou bouscule des représentations figées. « On a longtemps associé les difficultés scolaires aux zones septentrionales. Et voilà que ce département nous offre le meilleur taux du pays. C’est la preuve qu’une communauté mobilisée, des enseignants accrochés et un leadership pédagogique de qualité peuvent surmonter les contraintes structurelles. Pour les Collines et la Donga, c’est la confirmation d’une transformation éducative silencieuse qu’il faut maintenant documenter et amplifier. C’est du moins ce que nous enseigne cette édition 2026. L’Atacora, le Mono, l’Ouémé sont en bas du classement. C’est un paradoxe qui doit nous alerter. Trois facteurs se combinent : la mobilité enseignante vers les grandes villes, les déperditions scolaires liées aux travaux champêtres ou aux mariages précoces, et une supervision pédagogique de proximité insuffisante. J’ajoute que la tradition scolaire peut engendrer un relâchement : on croit que les résultats viendront naturellement. Or, l’école d’aujourd’hui exige un effort constant, la tradition doit être réactivée par des pratiques actualisées. »
Par ailleurs, un écart de quatorze points est noté entre départements. Dr Joseph KPONOU en scrutant le tableau, fait remarquer que « cet écart de 13,45 points est à la fois un diagnostic et une feuille de route. L’État doit réorienter les ressources pédagogiques vers les zones fragiles : enseignants qualifiés, matériels didactiques, formations continues, supervision de proximité renforcée. Les communautés ont un rôle irremplaçable : les associations de parents d’élèves doivent exiger des comptes et participer au suivi des apprentissages. Et les bonnes pratiques du Borgou doivent être étudiées et transférées ; elles appartiennent à tout le Bénin. »
Au-delà des résultats…
Aux parents d’enfants recalés, le spécialiste de l’évaluation des systèmes éducatifs adresse un message solennel. « Votre douleur est légitime. Mais ce que vous ferez dans les prochains jours pèsera plus sur l’avenir de votre enfant que le résultat lui-même. Évitez absolument la stigmatisation : « Tu es un bon à rien », « ton camarade a réussi, lui ». Ces mots blessent profondément et peuvent fermer des portes que l’école avait laissées entrouverte. Évitez aussi les punitions excessives. C’est le moment d’écouter, pas de punir. L’échec au CEP n’est pas un verdict sur l’intelligence de votre enfant, c’est un signal pédagogique qui appelle à persévérer avec méthode. »
Toutefois, il y a des attitudes responsables à adopter. Il indique qu’il faudra féliciter l’enfant son travail et sa persévérance, pas seulement pour le résultat. « Un enfant qui apprend que ce qui compte c’est l’effort développera une relation solide au savoir. Et ne relâchez pas votre engagement : le CEP est une étape, pas une arrivée. Le collège exigera de nouvelles habitudes de travail et une plus grande autonomie. Accompagnez l’orientation avec sérieux. », a-t-il précisé avant de rappeler aux enfants qu’ils aient réussi ou non que leur valeur ne se mesure pas à un examen. Elle se mesure à leur courage de continuer et à leur désir d’apprendre. « L’éducation est le seul investissement dont le rendement est garanti à long terme pour une nation. », ajoute-il tout confiant en l’avenir.



