Des milliers de personnes ont de nouveau investi les rues de la capitale malgache jeudi 9 octobre pour dénoncer la gouvernance du président Andry Rajoelina. Le mouvement, lancé il y a deux semaines par la jeunesse du collectif « Gen Z », a dégénéré en affrontements violents avec les forces de l’ordre, faisant plusieurs blessés et entraînant des arrestations.
Les manifestants, exaspérés par les coupures répétées d’eau et d’électricité, dénoncent désormais un système politique qu’ils jugent corrompu et inefficace. « On vit toujours dans la galère. Le problème, c’est le système. Depuis l’indépendance, rien n’a changé », déplore Heritiana Rafanomezantsoa, 35 ans, au milieu de la foule rassemblée près du lac Anosy.
Le rassemblement, qui a mobilisé plus d’un millier de personnes, a été dispersé dans la journée par un usage massif de gaz lacrymogène et l’intervention de véhicules blindés. S’en sont suivis des affrontements de rue entre les manifestants, lançant des pierres, et les forces de sécurité tirant des balles en caoutchouc. Selon des témoins, des grenades assourdissantes ont explosé à proximité d’une maternité, obligeant les soignants à déplacer en urgence des bébés prématurés.
Dans le quartier d’Anosibe, un manifestant a été violemment battu par les forces de sécurité avant d’être évacué inanimé par la Croix-Rouge. Les équipes médicales de SOS Médecin et Medikelly font état d’au moins six blessés, dont quatre touchés par des balles en caoutchouc et deux par des éclats de grenades.
Ces manifestations figurent parmi les plus importantes recensées à Madagascar depuis la fin des années 1990, selon l’ONG Acled, spécialisée dans le suivi des troubles civils.
Face à la montée de la contestation, Andry Rajoelina, 51 ans, a dissous son gouvernement et nommé lundi un nouveau Premier ministre, le général Ruphin Zafisambo. Ce choix d’un militaire, présenté comme un homme de rigueur, traduit la volonté du président de renforcer le contrôle sécuritaire. Les premiers ministres nommés sont ceux des Armées, de la Sécurité publique et de la Gendarmerie, le chef de l’État estimant que le pays « n’a plus besoin de perturbation ».
Mais pour de nombreux Malgaches, ces mesures ne répondent pas à la colère populaire. Le mouvement Gen Z promet de maintenir la pression tant que « le pouvoir refusera d’écouter le peuple ».



