Le Panama et le Salvador ont déclenché mardi des mesures d’alerte face à l’aggravation de la sécheresse liée au phénomène climatique El Niño, qui fait déjà sentir ses effets sur les ressources en eau, l’agriculture et les activités économiques en Amérique centrale.
Au Panama, les autorités ont instauré l’état d’urgence afin d’anticiper les conséquences d’un épisode climatique annoncé comme particulièrement intense. La mesure doit notamment permettre d’accélérer les procédures administratives et de renforcer la capacité de réaction des pouvoirs publics.
Le manque d’eau affecte déjà le canal de Panama, infrastructure stratégique pour le commerce maritime mondial. L’Autorité du canal a annoncé une réduction progressive du nombre de navires pouvant transiter chaque jour. Le trafic doit passer de 36 à 34 transits quotidiens à partir du 3 septembre, puis à 32 à la mi-septembre. Près de 5 % du commerce maritime mondial transite par cette voie interocéanique.
Au Salvador, la situation est également préoccupante. Les autorités ont déclenché l’alerte rouge sur l’ensemble du territoire en raison d’une sécheresse météorologique et agricole. La baisse des précipitations entraîne une diminution du niveau des sources d’eau et affecte directement les cultures.
Les producteurs agricoles anticipent déjà d’importantes pertes. La première récolte de céréales de base pourrait enregistrer une baisse d’environ 20 %, selon l’Association de la Chambre salvadorienne des petits et moyens producteurs agricoles. Face à cette situation, les autorités ont prévu des mesures d’aide alimentaire en faveur des familles agricoles touchées.
Le Honduras est lui aussi confronté à des difficultés similaires. Une grande partie du territoire a été placée en état d’alerte, alors que les régions du sud et de l’ouest enregistrent des pertes de récoltes de maïs et de haricots.
Cette situation s’inscrit dans un contexte climatique plus large. El Niño, phénomène naturel qui réapparaît généralement tous les deux à sept ans, provoque un réchauffement des eaux de surface dans le Pacifique équatorial. Il peut entraîner des conditions plus chaudes et plus sèches dans certaines régions du monde et favoriser des événements météorologiques extrêmes.
Combiné au réchauffement climatique d’origine humaine, le phénomène pourrait contribuer à faire de 2027 une année particulièrement chaude, selon des experts.
Les conséquences pourraient être lourdes pour la sécurité alimentaire en Amérique centrale. Le Programme alimentaire mondial estime que cette région pourrait être la plus touchée par l’augmentation relative de l’insécurité alimentaire liée à El Niño.
La pression climatique dépasse d’ailleurs les frontières de l’Amérique centrale. Du Mexique au nord du Brésil, jusqu’aux régions bordant le Pacifique et au plateau des Guyanes, environ 110 millions de personnes ont connu en juillet des températures record, selon une analyse de l’Agence France-Presse basée sur les données du programme européen Copernicus.
Face à cette situation, le Panama, le Salvador et les autres pays concernés renforcent leur surveillance de l’eau, des cultures et des populations vulnérables. La multiplication des alertes illustre les conséquences concrètes d’un phénomène climatique qui menace désormais les ressources essentielles et les moyens de subsistance de millions de personnes.


