Les décors, la mise en scène et même les acteurs… Le film Maharaja in Denims a été entièrement généré par l’intelligence artificielle (IA) et devrait devenir à la fin de l’été le premier du genre sorti des studios de Bollywood.
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| L’auteur du roman « Maharaja in Denims », Khushwant Singh, à Chandigarh dans le Nord de l’Inde, le 11 avril. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
Contrairement à sa concurrente américaine plus régulée, la très prolifique industrie indienne du cinéma – plus de 2.000 productions par an – s’est lancée sans retenue dans l’IA, avec plusieurs projets de longs-métrages.
Deux d’entre eux, Chiranjeevi Hanuman : The Eternal et Love You, ont longtemps fait la course en tête mais sans jamais atteindre le stade de la sortie en salles. C’est donc Maharaja in Denims qui, sauf surprise, devrait remporter la palme de cette nouvelle catégorie.
Tiré du roman éponyme à succès de Khushwant Singh, paru en 2014, le film est produit par les studios Intelliflicks, cofondés à Chandigarh (Nord) en 2023 par l’auteur et Gurdeep Singh Pall, un ancien vice-président de Microsoft.
« Gurdeep voulait prouver qu’il était possible de réaliser un long-métrage avec des outils d’IA », explique l’écrivain dans un entretien accordé à l’AFP. « Il voulait essayer avec mon livre, c’est ainsi qu’Intelliflicks est né ».
Son best-seller raconte l’histoire d’un adolescent privilégié de Chandigarh qui pense être la réincarnation du maharaja Ranjit Singh, fondateur de l’Empire sikh au XIXe siècle, et d’une victime des violences qui ont visé cette communauté en 1984 après l’assassinat d’Indira Gandhi.
Lorsqu’elles sont filmées, ces grandes épopées requièrent traditionnellement un budget considérable.
L’IA a permis de le diviser par dix.
« Des cinéastes avaient estimé le coût (du film) à plus de 500 millions de roupies (4,65 millions d’euros) dans un format traditionnel. Nous devrions le terminer pour environ 40 à 50 millions de roupies », se réjouit M. Singh.
« Pas de cachets d’acteurs, pas de tournages retardés ou perturbés (…) pas de problèmes de décors : tout repose sur la créativité de l’esprit et de la machine », insiste-t-il.
« Évolution technologique »
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| Un exemplaire du roman à succès de Khushwant Singh, à Chandigarh en Inde, le 11 avril. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
Seule entorse au règne de l’ordinateur : la musique du film a été composée et jouée par des humains.
Le titre principal est interprété par Sukhwinder Singh, qui avait prêté sa voix à la bande musicale de Slumdog Millionaire, le film aux huit Oscars de Danny Boyle. En Inde, « les gens regardent la musique plus qu’ils ne l’écoutent, donc c’est mieux », justifie M. Singh.
Même si la machine a permis de s’affranchir des nombreuses contraintes matérielles, le « tournage« , confié à une minuscule équipe d’à peine six personnes, ne fut pas pour autant une partie de plaisir.
D’abord parce que les outils d’IA actuels ne sont pas bien entraînés pour reproduire les visages indiens. « Il aurait été beaucoup plus facile de faire un western », observe le réalisateur, « si nous avions anticipé ces difficultés, nous aurions retenu un autre scénario… »
Ensuite parce que les progrès permanents des outils IA l’ont contraint à régulièrement modifier son montage.
« La technologie avance en permanence », soupire Khushwant Singh. « Vous êtes toujours tentés de recourir à la dernière évolution, car ce que vous avez tourné avant ne paraît plus aussi séduisant ou intéressant. »
Prévu pour être terminé fin 2025, le film devrait finalement être projeté au public en août ou en septembre.
« Je peux aujourd’hui dire avec assurance que nous avons réussi à maîtriser la technique de réalisation d’un film par intelligence artificielle », savoure fièrement M. Singh.
L’un des tout premiers d’un genre qui, il en est persuadé, va non seulement révolutionner mais aussi démocratiser l’industrie mondiale du 7e art.
« Au vu de l’extrême rapidité des progrès technologiques, un jeune de 18 ans assis dans son village pourra bientôt rivaliser avec les grands studios », anticipe Khushwant Singh, « la concurrence viendra de partout dans le monde ».
AFP/VNA/CVN




