Le nombre d’arrestations de migrants par les services américains de l’immigration a fortement progressé au cours de l’été 2026. Les données du département de la Sécurité intérieure des États-Unis font état de 51 000 arrestations en août, contre 49 000 en juillet et 43 000 en juin.
Cette progression intervient après une baisse enregistrée au printemps. Le nombre mensuel d’arrestations se situait alors autour de 30 000, au moment de la prise de fonction de Markwayne Mullin à la tête du département de la Sécurité intérieure (DHS).
Le nouveau responsable avait alors déclaré devant le Sénat vouloir réduire la visibilité médiatique des opérations de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), tout en maintenant ses missions sur le terrain.
La hausse des arrestations coïncide aussi avec une forte augmentation des effectifs de l’agence. Selon les données rapportées, l’ICE comptait environ 10 000 agents avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Ses effectifs auraient atteint 22 000 personnes au cours des 18 mois suivants.
Une stratégie qui évolue
Pour Debu Gandhi, directeur des politiques d’immigration au Center for American Progress, les méthodes de l’ICE ont changé sans modification de l’objectif poursuivi par l’administration américaine. Il estime que les autorités restent engagées dans une politique d’expulsions à grande échelle.
Selon lui, les opérations privilégient désormais davantage les interventions ciblées, avec moins d’actions spectaculaires susceptibles de provoquer une forte réaction publique.
Le responsable du CAP évoque toutefois plusieurs pratiques qu’il juge préoccupantes, notamment certaines méthodes d’arrestation, des violations présumées d’ordonnances judiciaires, les conditions de détention ainsi que des accords conclus avec des pays tiers pour l’expulsion de migrants.
Par ailleurs, l’ICE a conclu de nombreux accords avec des services de police locaux. Ces dispositifs permettent à certaines forces de l’ordre de participer davantage à l’identification et à l’arrestation de personnes soupçonnées d’être en situation irrégulière.
Cette coopération suscite des critiques de la part d’organisations de défense des immigrés. Debu Gandhi estime notamment qu’elle peut fragiliser la confiance de certaines communautés envers la police et réduire leur volonté de signaler des faits dont elles seraient victimes.
Des arrestations qui touchent aussi des citoyens américains
Les opérations de l’ICE ne concernent pas uniquement des personnes condamnées pour des infractions criminelles. Plusieurs cas rapportés par des médias américains concernent aussi des migrants sans antécédents criminels ainsi que des personnes qui tentent depuis plusieurs années de régulariser leur situation.
Des organisations communautaires du Maryland ont notamment saisi la justice afin de contester des contrôles qu’elles considèrent comme fondés sur l’apparence ou l’origine supposée des personnes ciblées.
Parmi les plaignants figure un étudiant américain de 24 ans. Il aurait été interpellé en juin à la sortie d’un commerce à Annapolis, puis détenu durant plusieurs heures avant sa libération.
Les données du Deportation Data Project apportent également un éclairage sur le profil des personnes arrêtées. Selon cet organisme, seul un tiers des migrants incarcérés après une arrestation au cours de l’été disposait d’antécédents criminels.
L’administration américaine affirme toutefois concentrer ses efforts sur les migrants considérés comme dangereux, notamment ceux qui présentent un passé criminel.
Une politique soutenue par des moyens supplémentaires
Le Congrès américain a par ailleurs adopté au printemps une enveloppe de 70 milliards de dollars destinée aux activités liées à l’immigration et au renforcement des opérations de l’ICE.
Cette hausse des moyens intervient dans un contexte de débats persistants sur les méthodes employées par les services chargés de l’application de la politique migratoire américaine.
Selon Debu Gandhi, les critiques suscitées par ces opérations ne devraient pas conduire l’administration à renoncer à son programme d’expulsions. Il estime que les autorités considèrent cette politique comme un élément important de leur stratégie politique.



