Gloria Obidoun Kiton s’est forgé une place de choix dans le taekwondo béninois. Spécialiste du poomsae dans la catégorie des moins de 30 ans, la sociétaire du club Okinawa-Ryu vient de confirmer, une nouvelle fois, sa domination sur la scène nationale. Jeudi dernier, elle a décroché son cinquième titre de championne nationale de poomsae, après ses sacres de 2020, 2023, 2024 et 2025. Les compétitions nationales n’ayant pas été organisées en 2021 et 2022, la Béninoise a conservé son leadership à chacune de ses participations.
Derrière cette série de titres se cache un parcours commencé très tôt, sous l’influence de son père. En 2007, Gloria Kiton découvre le karaté Shotokan. Son père, qui lui enseigne lui-même cette discipline, lui transmet bien plus que des techniques de combat. Il lui inculque le respect, la discipline, la maîtrise de soi et le dépassement de soi.
Cette éducation constitue le socle de son parcours martial. « Les arts martiaux ne m’ont pas appris à servir mon égo. Ils m’ont appris à me rendre meilleure, au service des faibles », résume-t-elle.
En 2014, elle élargit son horizon. Sous la conduite de son entraîneur Eric Tossou, elle se lance dans le kyorugi, la discipline de combat du taekwondo. Les premiers résultats ne tardent pas. Ses performances lui ouvrent même les portes d’une sélection pour les Championnats du monde à Séoul, en Corée du Sud. Une aventure internationale qu’elle ne pourra finalement pas vivre en raison de contraintes administratives et familiales.
Deux ans plus tard, elle obtient une première consécration internationale majeure. À la Coupe du Monde francophone organisée au Maroc en 2016, elle décroche la médaille de bronze. Ce podium reste à ce jour l’un de ses souvenirs les plus marquants en combat.
Puis vient une période de pause de deux ans. En 2020, en pleine pandémie de Covid-19, une nouvelle opportunité se présente avec les compétitions de poomsae. Gloria Kiton tente sa chance et s’impose immédiatement au niveau national. Ce premier titre agit comme un déclic. Elle retrouve confiance et décide de reprendre sérieusement le chemin de la compétition.
En 2021, son engagement collectif avec ses coéquipières Bouama Natchimdjabo et Prémya Wankou est également mis en lumière. Leur parcours leur vaut une parution dans le magazine international L’autre Afrique. Une reconnaissance qui dépasse les résultats sportifs et témoigne de l’impact de leur engagement dans un environnement où les pratiquantes restent minoritaires.
Parallèlement, Gloria Kiton poursuit ses ambitions académiques. Son projet d’études en kinésithérapie la conduit à Lomé, au Togo. Entre les exigences universitaires et des contraintes liées à sa santé, la pratique régulière du kyorugi devient plus difficile.
En 2022, elle opère donc un changement décisif. Elle choisit de se consacrer pleinement au poomsae, une discipline basée sur l’exécution technique et précise de mouvements codifiés. Cette orientation lui permet de poursuivre son perfectionnement de manière plus autonome.
Sa formation en karaté Shotokan devient alors un véritable atout. Elle lui apporte une identité technique particulière et contribue à façonner un style qui lui est propre. Une différence qu’elle considère aujourd’hui comme l’une de ses principales forces.
Le choix s’avère payant. Les titres nationaux s’enchaînent et Gloria Kiton s’installe parmi les références féminines du poomsae au Bénin. En 2024, elle représente le pays aux Jeux Africains et atteint les quarts de finale. Son palmarès compte désormais 17 médailles, dont 11 en or, toutes catégories confondues.
Mais pour la championne, les médailles ne constituent qu’une partie de l’histoire.
La pratique des arts martiaux l’a aussi confrontée à des préjugés persistants. Dans une société où certaines personnes considèrent encore que les arts martiaux sont incompatibles avec la féminité, Gloria Kiton a choisi de rester fidèle à sa passion.
Elle se souvient notamment des remarques qui associent les arts martiaux à la violence et qui renvoient les femmes à des rôles plus traditionnels. Sa réponse est simple : la pratique martiale ne signifie pas rechercher la violence. Elle signifie apprendre à la contrôler.
Pour elle, le taekwondo et le karaté reposent sur un ensemble de règles et de principes. Ils enseignent la défense, mais aussi le respect, le calme, la maîtrise de soi et la capacité à protéger les plus faibles.
Cette philosophie explique aussi sa vision de la femme pratiquante. Être une athlète ne signifie pas renoncer à une vie familiale. Pour Gloria Kiton, une femme peut construire une famille, avoir un mari et continuer à pratiquer les arts martiaux. Les deux dimensions ne sont pas incompatibles.
La question de la présence féminine demeure toutefois préoccupante. La championne constate que les femmes restent peu nombreuses dans les compétitions. L’année dernière, elles n’étaient que quatre seniors dames engagées. Loin de la décourager, cette faible représentation renforce son sentiment de responsabilité.
Gloria Kiton veut ainsi considérer son parcours comme un exemple pour les générations futures. Ses performances montrent qu’une femme peut s’imposer dans une discipline encore largement perçue comme masculine, tout en portant un message de discipline et de maîtrise de soi.
Son parcours lui a également permis de développer la résilience. Les changements de discipline, les contraintes personnelles, les difficultés liées aux études et les occasions manquées n’ont pas mis fin à son ambition. Au contraire, chaque obstacle l’a poussée à adapter son chemin sans renoncer à son objectif.
Aujourd’hui, son cinquième titre national en poomsae vient confirmer cette constance. De ses premiers pas en karaté en 2007 à ses performances internationales, Gloria Obidoun Kiton a construit une carrière où la recherche de la performance se mêle à une véritable philosophie de vie.
Les arts martiaux ne servent ainsi pas seulement à gagner des combats ou à collectionner des médailles, ils peuvent aussi apprendre à se connaître, à se maîtriser, à résister aux difficultés et à devenir une meilleure version de soi-même…



