Pour une première participation au Quai 54 Futures, la délégation béninoise est revenue de Paris sans la moindre victoire en six rencontres disputées. Un bilan qui, à première vue, peut sembler sévère. Pourtant, pour Annie Koukè, Team Manager de la délégation de la I AM Foundation, ces résultats ne reflètent pas l’essentiel. Derrière les six défaites se cachent une expérience fondatrice, des enseignements précieux et une feuille de route claire pour l’avenir du basketball béninois.
Sur le plan sportif, cette première immersion a permis aux jeunes U15 de mesurer les exigences du très haut niveau. « C’était une véritable prise de contact avec la haute intensité et le niveau international de la catégorie U15. L’écart physique et tactique était bien réel, mais c’est le meilleur moyen d’apprendre », explique Annie Koukè. Au-delà des résultats, la Team Manager retient avant tout l’évolution humaine des jeunes joueurs. « Voir ces jeunes grandir, s’entraider et rester soudés dans l’adversité a été magnifique », confie-t-elle.
L’organisation d’une telle expédition représentait également un défi de taille. Entre les déplacements, l’hébergement, la restauration et l’encadrement de mineurs dans le cadre d’un événement aussi prestigieux que le Quai 54 à Paris, chaque détail devait être soigneusement préparé. « Nous en sortons grandis et mieux armés pour les prochaines échéances », affirme-t-elle.
Au cœur de cette organisation, Annie Koukè avait une mission bien définie, permettre aux joueurs et au staff technique de se consacrer pleinement à la compétition. « Mon rôle principal était d’être le garant de la sérénité du groupe. Je devais m’assurer que les joueurs et le staff technique n’aient à se soucier que du terrain. Cela allait de la coordination logistique à la gestion de la discipline. »
L’un des plus grands défis a consisté à accompagner des adolescents âgés de 14 à 15 ans dans leur première expérience internationale. Pour beaucoup, il s’agissait du premier voyage hors du Bénin, du premier vol en avion et de la découverte d’un nouvel environnement. « À cet âge, la gestion émotionnelle est le plus grand défi. Il a fallu gérer la fatigue du voyage, l’adaptation aux repas, l’enchaînement rapide des matchs et toute la pression liée à une compétition de ce niveau », explique-t-elle.
Face aux six défaites enregistrées, le staff a choisi de transformer chaque revers en occasion d’apprendre. « Nous avons évité le piège de la frustration et du blâme. Dès le départ, nous avons redéfini la notion de victoire. Chaque panier marqué, chaque stop défensif et chaque passe décisive étaient célébrés comme un succès. Le message était simple : « On ne perd jamais, soit on gagne, soit on apprend. » »
Au fil des rencontres, Annie Koukè a vu ses joueurs évoluer mentalement. « Au début, il y avait un complexe d’infériorité physique et technique. Ils ont découvert la rudesse des contacts et la vitesse du jeu européen. Mais très vite, la timidité a laissé place à la hargne et à la fierté. Ils ont compris qu’ils avaient leur place sur ce terrain, même s’il y a encore beaucoup de travail. Ils rentrent au Bénin avec des étoiles dans les yeux, mais surtout avec une immense envie de progresser. »
Pour la Team Manager, cette participation a surtout mis en évidence les exigences du basketball moderne. « Le talent brut ne suffit pas. Le basketball moderne demande une culture tactique précoce, une rigueur athlétique de tous les instants et une préparation mentale solide. Nous avons aussi appris que la solidarité et le comportement en dehors du terrain sont tout aussi importants que les performances sportives pour laisser une bonne image de notre pays. »
Cette expérience a également permis d’identifier les principaux axes de progression pour le basketball béninois. Annie Koukè en retient trois : renforcer la préparation physique dès le plus jeune âge, développer davantage la culture tactique et le QI basket des joueurs grâce à des confrontations de haut niveau, et améliorer les infrastructures ainsi que les conditions d’entraînement.
Et malgré les résultats, elle demeure convaincue du potentiel de cette génération. « Leur résilience est incroyable. Malgré les défaites, ils revenaient chaque jour avec le sourire, l’envie de se battre et de défendre les couleurs nationales. Nous avons un groupe discipliné, respectueux et à l’écoute des consignes. Le potentiel technique est bien là ; il a simplement besoin d’être développé. »
Pour Annie Koukè, cette aventure n’aurait pas été possible sans le travail collectif de l’ensemble de la délégation. Chaque soir, entraîneurs, statisticiens, préparatrice physique et autres membres du staff se retrouvaient pour analyser les performances de la journée, ajuster les stratégies et planifier la récupération des joueurs. « La clé a été la communication. Tout le monde travaillait en synergie pour obtenir le meilleur des joueurs », souligne-t-elle.
Elle salue également le rôle déterminant joué par la I AM Foundation dans le développement du basketball béninois. « La I AM Foundation est un accélérateur de destinées. En offrant ce type de vitrine internationale, elle dessine un nouvel horizon pour la jeunesse béninoise. Elle ne finance pas seulement un voyage ; elle ouvre des perspectives, montre aux enfants ce qu’est le très haut niveau et sème des graines qui inspireront des milliers d’autres jeunes restés au pays. »
Annie Koukè rend enfin un hommage appuyé à Ian Mahinmi, fondateur de la I AM Foundation. « L’engagement de M. Ian Mahinmi est à la fois humble, authentique et d’une ambition rare. Ayant connu le sommet de la NBA, il sait exactement ce qu’il faut pour y parvenir. Il ne cherche pas des solutions superficielles ; sa vision s’inscrit dans la durée. Il investit son temps, son réseau et ses ressources pour structurer la base. C’est un modèle de patriotisme et de transmission pour nous tous. »
Pour les prochaines éditions du Quai 54 Futures, les ambitions sont désormais clairement affichées. « Nous voulons venir pour gagner des matchs. Pour y parvenir, nous devons mettre en place des camps de préparation plus longs, multiplier les confrontations internationales avant le tournoi et affiner davantage les indicateurs physiques des joueurs sélectionnés », indique-t-elle.
Si le compteur des victoires est resté bloqué à zéro à Paris, Annie Koukè refuse de parler d’échec. « Ces six défaites ont été un électrochoc salutaire. Elles nous ont donné la feuille de route exacte de ce qu’il nous reste à accomplir. Nous avons gagné en expérience, en maturité et en respect de la part des autres nations. Surtout, nous avons ouvert les yeux de nos enfants sur les possibilités qui s’offrent à eux. Le Bénin a désormais son nom inscrit sur la carte du Quai 54 Futures. Ce n’est pas un échec, c’est la première étape de notre ascension. »



