
Les autorités soudanaises ont annoncé la récupération de plus de 570 objets antiques dérobés au musée national de Khartoum pendant le conflit. La présentation officielle s’est tenue à Port-Soudan, après plusieurs mois d’investigations menées par les services de sécurité.
Les pièces retrouvées couvrent une large période de l’histoire du pays, de la préhistoire à l’ère islamique. Figurines funéraires, vases décorés, ustensiles en bronze, pierres gravées ou encore de petites amulettes en forme de scarabées ont été disposés sur de longues tables, sous étroite surveillance, à l’occasion de la cérémonie.
Le musée national de Khartoum, qui centralisait les découvertes archéologiques issues de nombreux sites du pays, avait été saccagé au printemps 2023. Ce pillage est intervenu après la prise de la capitale par les Forces de soutien rapide, entrées en rébellion contre l’armée régulière. Des images satellites avaient alors révélé des convois transportant des biens culturels vers le Darfour, région contrôlée par ces groupes armés.
Face au risque de trafic international, les autorités soudanaises ont engagé une coopération avec l’UNESCO et Interpol afin de localiser les objets avant leur exportation clandestine. Pour Ahmed Jonied, représentant de l’UNESCO au Soudan, le patrimoine soudanais dépasse le cadre national et constitue un héritage commun à l’humanité.
De son côté, le ministre des Finances, Gibril Ibrahim, estime que ces vols visaient bien plus que la valeur marchande des objets. Selon lui, il s’agissait d’une tentative d’effacement de l’identité, de l’histoire et de la civilisation soudanaises. Le ministre de l’Information et de la Culture, Khalid Aleisir, a annoncé l’instauration d’une récompense financière destinée à encourager la restitution d’autres pièces, sans en préciser les modalités.
Les autorités restent prudentes sur les conditions exactes de la récupération des antiquités, soulignant principalement le rôle des services de renseignement. Plusieurs trésors demeurent introuvables, notamment la célèbre « chambre d’or » du musée de Khartoum, qui abritait des bijoux anciens et des objets en or de 24 carats, dont certains remontent à près de 8 000 ans.
Aujourd’hui, il ne subsiste presque rien des collections conservées au musée depuis les années 1950. Les pillards ont abandonné uniquement les pièces les plus encombrantes, telles que la statue monumentale du pharaon noir Taharqa ou certaines fresques de temples déplacées à l’époque de la construction du barrage d’Assouan. Les archéologues n’ont pu accéder au site qu’après la reprise de Khartoum par l’armée, afin d’évaluer l’ampleur des dégâts.
Selon la direction nationale des antiquités, la majorité des musées du pays ont subi des pillages depuis le début du conflit, y compris le palais du sultan Ali Dinar à el-Facher, dans le Darfour-Nord. Les pertes liées à ces destructions et vols sont estimées à 110 millions de dollars, soit environ 94 millions d’euros.



