Dans un secteur numérique africain en pleine structuration, Shady Khairallah évolue loin des projecteurs. Entrepreneur et directeur en stratégie commerciale depuis plus de 25 ans, il dirige le cabinet Zeltran, spécialisé dans la mise en relation entre États, investisseurs et acteurs technologiques. Son positionnement : structurer des partenariats là où les projets peinent à se concrétiser.
Shady Khairallah se définit avant tout comme un facilitateur de projets. Depuis plus de quinze ans, il intervient dans la construction de partenariats entre institutions publiques, investisseurs et entreprises, technologiques ou non. Son activité repose sur un principe central : transformer des besoins institutionnels en projets structurés, financés et opérationnels. Une approche qui le place au cœur des dynamiques de développement, mais rarement sous les projecteurs. Il revendique également un champ d’action élargi au-delà du numérique, incluant l’accompagnement d’écosystèmes d’innovation et de soutien aux initiatives entrepreneuriales.
Une posture assumée d’« homme de l’ombre »
Dans les cercles institutionnels et économiques, son nom est souvent associé à celui d’« homme de l’ombre des partenariats ». Une étiquette qu’il assume. Dans son analyse, la création de projets ne commence pas dans les annonces publiques, mais dans des phases de négociation discrètes, parfois longues, où se construit la confiance entre acteurs. Son rôle consiste à connecter des parties prenantes qui ne se parlent pas toujours directement, afin de rendre possible la mise en œuvre de projets structurants.
« Le Magicien » : une réputation liée à la résolution de blocages
Un autre surnom circule : « le Magicien ». Il renvoie à son intervention sur des dossiers considérés comme bloqués, qu’il s’agisse de désaccords institutionnels, de difficultés de financement ou de projets jugés irréalisables. Son approche repose sur l’identification d’intérêts convergents entre acteurs. Une lecture fine des rapports institutionnels et économiques qui permet, selon ses interlocuteurs, de débloquer des situations complexes. Mais il relativise cette perception : il s’agit, selon lui, moins de « magie » que de méthode, de temps et de structuration progressive des relations entre acteurs.
Une lecture systémique de la transformation numérique
Pour Khairallah, la transformation digitale ne peut être réduite à une dimension technologique. Elle repose sur une architecture globale intégrant infrastructures, capital humain, gouvernance et tissu économique. Il estime que l’Afrique dispose d’un avantage structurel majeur : sa démographie jeune. Un atout qui, selon lui, doit être converti en capital de compétences numériques et d’innovation.
Des secteurs jugés prioritaires
Il identifie cinq secteurs clés : santé, éducation, administration publique, services financiers et entrepreneuriat. Ces domaines sont considérés comme prioritaires en raison de leur impact direct sur les populations. La digitalisation des services publics, les solutions de télémédecine, les plateformes éducatives ou encore les innovations dans les paiements numériques figurent parmi les leviers de transformation identifiés.
Infrastructures numériques et projet CARIA
La question des infrastructures est centrale dans son approche. Incubateurs, centres de données, cyberparcs et plateformes de formation constituent, selon lui, les fondations de l’économie numérique. Il les compare à des infrastructures stratégiques classiques, indispensables au développement économique. Dans ce cadre s’inscrit le projet CARIA, présenté comme un écosystème numérique souverain dédié aux startups et aux jeunes entrepreneurs. L’objectif est d’y intégrer formation, incubation, financement, mentorat et accès aux marchés, afin de structurer un parcours complet d’accompagnement.
L’intelligence artificielle comme levier stratégique
L’intelligence artificielle est perçue comme une opportunité structurante pour le continent africain. Elle pourrait transformer plusieurs secteurs clés : santé, agriculture, administration et éducation. Mais l’enjeu principal reste, selon lui, la souveraineté technologique. Il s’agit de former des compétences locales capables de développer des solutions adaptées aux réalités africaines, plutôt que de dépendre exclusivement de technologies importées. Il rappelle également que ces technologies reposent sur des modèles de calcul et d’optimisation déjà largement utilisés par les grandes entreprises internationales.
La jeunesse comme variable centrale
La jeunesse occupe une place centrale dans sa lecture du développement africain. Elle représente à la fois un défi structurel et une opportunité économique majeure. L’enjeu est de transformer ce potentiel démographique en productivité, innovation et création de valeur.
Sur la question des investissements, Khairallah met en avant trois critères déterminants : stabilité, visibilité et confiance. Il estime que les investisseurs privilégient les environnements où les cadres réglementaires sont clairs et les projets bien structurés. Le développement des partenariats public-privé et la sécurisation juridique des investissements apparaissent, selon lui, comme des leviers essentiels. Son activité est guidée par une logique d’impact : création d’emplois, développement de compétences et structuration d’écosystèmes. Chaque projet est envisagé comme une contribution à la transformation économique du continent.



