La présidentielle du 12 avril au Bénin s’annonce moins simple qu’elle ne paraît à première vue. Dire qu’elle est « jouée d’avance » serait une lecture rapide. Les dynamiques en cours révèlent des enjeux profonds et une compétition plus politique que purement électorale.
D’abord, l’enjeu central reste la consolidation ou non du système mis en place par Patrice Talon depuis 2016. Le candidat de la mouvance, Romuald Wadagni, incarne la continuité. Son profil technocratique et sa proximité avec le pouvoir en place rassurent une partie des élites économiques et administratives.
En face, Paul Hounkpè représente une opposition dite modérée. Sa candidature traduit une volonté d’exister politiquement dans un espace où les marges de manœuvre de l’opposition se sont réduites ces dernières années. L’enjeu pour lui n’est pas seulement de gagner, mais de prouver que l’opposition peut encore mobiliser et peser.
Un autre enjeu clé réside dans les ralliements récents de figures issues du parti Les Démocrates au camp Wadagni. Ces soutiens brouillent les lignes traditionnelles. Ils traduisent soit une recomposition politique pragmatique, soit une fragilisation de l’opposition. Dans les deux cas, cela interroge la cohérence idéologique des partis et la solidité des alliances.
Sur le plan électoral, plusieurs facteurs seront déterminants : la participation, souvent révélatrice du degré de confiance des citoyens ; la crédibilité du processus électoral ; la capacité de chaque camp à mobiliser au delà de ses bastions traditionnels.
Alors, la présidentielle est-elle jouée d’avance ? Objectivement, le rapport de forces institutionnel et politique avantage clairement le candidat du pouvoir. Toutefois, en politique africaine et particulièrement au Bénin, pays à tradition démocratique relativement stable, les surprises ne sont jamais totalement à exclure. D’ailleurs, le Ministre d’État Romuald Wadagni l’a reconnu dans les colonnes de nos confrères de Jeune Afrique… Une faible participation, une mobilisation inattendue de l’opposition ou un vote sanction peuvent rebattre les cartes. Dans tous les cas, les bouchées doubles se mettent en place pour une participation record…
En résumé, plus qu’un simple duel, ce scrutin teste la vitalité démocratique du Bénin, la crédibilité de son opposition et la capacité du système politique à produire une compétition ouverte et équitable. A suivre !




