La tension est montée d’un cran mercredi à Lagos, où les forces de sécurité nigérianes ont recouru aux gaz lacrymogènes et à des tirs à balles réelles pour empêcher des manifestants d’accéder au Parlement de l’État. Les protestataires dénonçaient les expulsions forcées et la destruction de leurs habitations dans plusieurs bidonvilles de la mégapole.
La mobilisation, initiée par une coalition d’organisations de défense des droits humains opposées aux démolitions et aux déplacements forcés, a débuté tôt dans la matinée sous le pont d’Ikeja. Des habitants de quartiers défavorisés tels que Makoko, Owode Onirin, Oworonshoki, Otumara, Baba-Ijora et Ajegunle ont défilé pacifiquement, brandissant des pancartes réclamant l’arrêt des démolitions qu’ils jugent illégales et l’obtention de justice pour les communautés affectées.
Les manifestants accusent les autorités d’avoir procédé à la destruction de logements sans consultation préalable, sans indemnisation ni solutions de relogement, entraînant le déplacement de milliers de personnes. Les organisateurs ont affirmé que la marche s’était déroulée sans violence jusqu’à l’arrivée du cortège devant le complexe de l’Assemblée législative de l’État, à Alausa.
Sur place, la police avait bouclé l’accès avec des véhicules. Le commissaire de police de l’État de Lagos, Moshood Jimoh, a indiqué que l’entrée du Parlement ne serait pas autorisée, invoquant des raisons de sécurité. Cette décision a été contestée par des leaders du mouvement, qui ont rappelé que d’autres groupes syndicaux avaient pu accéder au site lors de précédentes manifestations.
La situation s’est tendue après le retrait de députés venus tenter un échange avec la foule. Peu après, les forces de l’ordre ont lancé des grenades lacrymogènes, provoquant la dispersion des manifestants. Des journalistes couvrant l’événement ont également été touchés par les gaz, malgré leur identification professionnelle. Selon des témoins, la police aurait aussi tiré en l’air à balles réelles pour repousser la foule.
Le bilan fait état de plusieurs arrestations et d’au moins 17 blessés, dont certains ont été hospitalisés. Femmes, enfants et personnes âgées figuraient parmi les manifestants dispersés.
Ces événements s’inscrivent dans un contexte de démolitions répétées à Lagos, notamment dans des zones riveraines et des quartiers informels. Les autorités de l’État justifient ces opérations par des impératifs de sécurité et de protection de l’environnement, estimant que certaines constructions proches des cours d’eau ou des lignes électriques présentent un danger.
À l’inverse, des défenseurs des droits humains dénoncent une violation des décisions de justice. Des avocats rappellent notamment qu’une décision judiciaire de 2017 et une ordonnance fédérale plus récente interdisaient les expulsions forcées dans plusieurs communautés concernées.
La crise humanitaire qui en découle continue de susciter de vives inquiétudes, alors que des milliers de résidents se retrouvent sans abri et que les tensions entre populations et autorités restent vives dans la capitale économique nigériane.



