Chagos : Londres conditionne la rétrocession à l’aval de Washington

 

La restitution de l’archipel des Chagos à Maurice reste suspendue à une décision américaine. Le Royaume-Uni a reconnu que le processus ne peut aboutir sans l’accord des États-Unis, en raison du traité de 1966 qui encadre l’utilisation militaire de l’archipel, notamment de l’île stratégique de Diego Garcia. Sans une révision de ce texte, aucune ratification n’est envisageable, admet Londres.

Au centre des enjeux figure la base militaire conjointe de Diego Garcia, considérée par le gouvernement britannique comme essentielle à la sécurité nationale. Cette dépendance vis-à-vis de Washington fragilise un accord déjà ralenti par plusieurs reports et replace la décision finale entre les mains de l’administration américaine.

La position des États-Unis apparaît de plus en plus incertaine. Selon des médias britanniques, des responsables proches de Donald Trump estiment que la rétrocession ne servirait pas les intérêts stratégiques américains. Après des signaux favorables exprimés par le président américain lors d’une visite officielle en début d’année, le ton s’est durci. La semaine dernière, Donald Trump a publiquement qualifié l’accord de « grave erreur », provoquant de vives réactions à Londres et à Port-Louis.

Ce revirement a des effets immédiats sur le calendrier politique britannique. Le débat prévu à la Chambre des Lords a été reporté, en raison des risques de conflit juridique avec le traité de 1966. Le gouvernement reconnaît qu’aucune avancée n’est possible tant que les dispositions légales nationales et les accords internationaux nécessaires ne sont pas alignés. Par ailleurs, la législation impose un délai parlementaire minimum de 21 jours avant toute ratification, repoussant toute adoption éventuelle à début mars au plus tôt.

Sur le plan politique interne, la controverse s’intensifie. Des figures de l’opposition dénoncent un projet jugé coûteux et dangereux pour la sécurité du Royaume-Uni, accusant l’exécutif de manquer de transparence. Downing Street, de son côté, maintient que l’accord respecte le droit international et assure que des discussions se poursuivent avec les autorités américaines afin de préserver l’avenir de la base militaire.

Détaché de Maurice en 1965, trois ans avant l’indépendance du pays, l’archipel des Chagos abrite depuis plusieurs décennies une installation militaire stratégique, dont la mise en place a entraîné le déplacement forcé de milliers d’habitants. La question de sa souveraineté demeure l’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles de l’océan Indien.

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