Près de neuf ans après l’avertissement de la Commission européenne pour pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), le Vietnam accélère ses réformes afin d’assainir sa filière halieutique.
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| Contrôle des documents relatifs aux bateaux de pêche au port de Cà Na, dans la province de Khanh Hoà (Centre). |
| Photo : Công Thu/VNA/CVN |
Entre impératifs économiques, crédibilité internationale et survie des communautés côtières, la levée du « carton jaune » est devenue un enjeu stratégique pour l’économie maritime du pays.
Près de neuf ans après l’imposition du « carton jaune » par la Commission européenne, le Vietnam entre dans une phase décisive de son long combat pour y mettre fin. La détermination ne se manifeste plus seulement dans les directives administratives, mais aussi sur chaque navire, à chaque autorisation de sortie en mer. Pourtant, alors que certains obstacles commencent à être levés, la filière halieutique vietnamienne doit désormais faire face à de nouveaux défis. Comment surmonter ces turbulences ?
Pêche INN : un enjeu vital
Le « carton jaune » pèse lourdement sur chaque campagne de pêche. Il affecte la crédibilité du pays et met à l’épreuve la durabilité des ressources marines. Mais quelle voie emprunter pour en sortir ?
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| Inspecter les dispositifs de suivi des navires à bord des bateaux de pêche avant de les autoriser à prendre la mer. |
| Photo : Van Ty/VNA/CVN |
« Lorsque le Vietnam a été placé sous avertissement de la Commission européenne, les exportations de produits de la mer vers le marché européen ont rencontré de nombreuses barrières. Les importateurs se plaignent du fait que l’image du pays a été entachée », explique Mme Cao Thi Kim Lan, directrice générale de la société par actions de produits aquatiques de Binh Dinh (Bidifisco).
« Nous devons emprunter de l’argent et rembourser les intérêts bancaires. Les infractions sanctionnées par le carton jaune ont des répercussions directes sur nos familles, nos localités et sur toute la profession« , confie Truong Quang An, pêcheur de la commune de Dông Trach, province de Quang Tri.
Depuis octobre 2017, lorsque la Commission européenne a appliqué son avertissement au Vietnam, la filière halieutique et des millions de pêcheurs se trouvent confrontés à une situation délicate, sans possibilité de recul. Toutes les exportations vers l’Union européenne doivent désormais faire l’objet d’un contrôle rigoureux de traçabilité.
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| Le poste de garde-frontière du port de Ky Ha (Dà Nang au Centre) offre le drapeau national aux pêcheurs. |
| Photo : Huu Trung/VNA/CVN |
Pendant près de neuf ans, les exportations vers l’Europe ont rencontré de nombreuses difficultés, affectant directement l’économie maritime de plusieurs provinces côtières, les moyens de subsistance de dizaines de milliers de familles de pêcheurs, mais aussi l’image du Vietnam sur la scène internationale.
Nguyên Van Long, représentant de la société d’import-export de produits de la mer Hai Phu (province de Quang Ngai), s’inquiète de la perte de compétitivité des entreprises vietnamiennes.
« Quang Ngai dispose d’un potentiel halieutique considérable. Mais la plupart des captures transitent par des ports privés et sont exportées vers les marchés asiatiques. Les volumes destinés à l’Europe ont fortement diminué », explique-t-il.
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| La flotte de pêche hauturière de Canh Duong prend la mer pour récolter des fruits de mer. |
| Photo : CTV/CVN |
Face à cet avertissement européen, le Vietnam a été contraint d’engager une profonde restructuration de sa filière halieutique afin de la rendre plus transparente, moderne et durable. Au cours des dernières années, le Bureau politique, le Secrétariat du Parti et le gouvernement ont multiplié les directives visant à lutter contre la pêche INN. Cette priorité est désormais considérée comme une mission politique majeure, au service des intérêts nationaux.
La levée du « carton jaune » repose notamment sur le contrôle des navires de pêche dits « trois sans » (sans immatriculation, sans licence, sans inspection), le renforcement des sanctions, l’amélioration du cadre juridique, l’application de nouvelles technologies et la reconversion professionnelle des pêcheurs. Les responsabilités des dirigeants à tous les niveaux sont clairement définies.
Lors des réunions du Comité national de pilotage contre la pêche INN, le Premier ministre Pham Minh Chinh a rappelé que les responsables des ministères, des secteurs et des collectivités locales seraient tenus directement responsables en cas de violation persistante ou de retard dans la levée du carton jaune.
Efforts pour faire lever le « carton jaune »
Derrière les bateaux immobilisés au port, faute d’autorisation de sortie, se cachent souvent des dettes bancaires croissantes et l’inquiétude de pêcheurs qui n’ont connu toute leur vie que la mer pour subsister. La lutte contre la pêche illégale n’est donc plus seulement un enjeu commercial : elle concerne la survie de millions de personnes.
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| Les autorités ont intensifié les patrouilles et les inspections des navires entrant et sortant du port. |
| Photo : CTV/CVN |
Aujourd’hui, en haute mer, chaque navire transmet en permanence sa position vers un centre de surveillance fonctionnant 24 heures sur 24. En cas de perte de signal ou de franchissement d’une frontière maritime, une alerte est immédiatement déclenchée par le système de surveillance des navires (VMS). L’installation de ces dispositifs sur les bateaux de plus de 15 mètres atteint désormais 100%.
Pour Trân Van Doàn, pêcheur à Dông Trach (Quang Tri), le respect des règles est devenu une routine. « Avant de prendre la mer, nous devons activer l’appareil de surveillance deux heures à l’avance. Et pour quitter le port, tous les documents doivent être en règle », explique-t-il.
Le contrôle s’exerce également dans les ports de pêche. Au port de Tho Quang, dans l’arrondissement de Son Trà (Dà Nang), chaque navire entrant ou sortant doit déclarer son itinéraire, présenter son journal de pêche et faire vérifier les volumes débarqués. « Si un seul élément manque dans le dossier de traçabilité, la cargaison n’est pas validée », affirme Nguyên Lai, directeur du comité de gestion du port.
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| Les autorités ont intensifié les patrouilles et les inspections des navires entrant et sortant du port. |
| Photo : Xuân Triêu/VNA/CVN |
Ces derniers temps, l’application de la loi s’est durcie. Les sanctions incluent désormais des amendes élevées et le retrait des licences de pêche pour les infractions intentionnelles. En mer, les garde-côtes, les inspecteurs des pêches et les garde-frontières renforcent leurs patrouilles.
Selon Vo Van Hai, directeur du service provincial des ressources halieutiques et des îles de Quang Ngai, la coordination entre les forces compétentes a déjà produit des résultats visibles. Mais dans cette lutte contre la pêche INN, la technologie et la législation ne constituent que des outils. Le facteur déterminant reste la prise de conscience des pêcheurs eux-mêmes.
Tenir un journal de pêche, activer le système de surveillance ou respecter strictement les zones autorisées sont désormais des habitudes qui s’installent progressivement. Les campagnes d’information et les initiatives de sensibilisation menées au plus près des communautés côtières contribuent également à faire évoluer les comportements.
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| Dans les zones de pêche hauturière, chaque sortie en mer est transmise à un centre de surveillance fonctionnant 24h/24 et 7j/7. |
| Photo : VOV/CVN |
Pour Nguyên Van Tài, pêcheur du village de Mân Quang à Dà Nang, ces changements sont indispensables pour préserver l’avenir. « La mer nourrit nos familles depuis des générations. Si nous pêchons de manière irresponsable, nos enfants n’auront plus de ressources demain », souligne-t-il.
Ne pas laisser l’erreur d’un individu compromettre les efforts de toute la nation
Au début de l’année 2026, le contexte international demeure incertain, notamment au Moyen-Orient, où les tensions géopolitiques et économiques s’intensifient. Cette situation pèse sur le développement socio-économique global.
Entre la hausse des prix du pétrole et les contraintes liées au « carton jaune », les pêcheurs vietnamiens font face à des défis considérables. Lors de la 32ᵉ réunion du Comité national de pilotage contre la pêche INN, le 3 mars dernier, le Premier ministre Pham Minh Chinh a réaffirmé la détermination du gouvernement à lever l’avertissement européen et à promouvoir une filière halieutique durable.
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| La 32ᵉ réunion du Comité directeur national sur la lutte contre la pêche INN, le 3 mars 2026 à Hanoï. |
| Photo : Duong Giang/VNA/CVN |
Il a également pointé plusieurs lacunes : l’intégration des données et des technologies de gestion doit être renforcée afin de garantir un système « exact, complet, fiable, actualisé, cohérent et partagé ». Les cinq recommandations de la Commission européenne doivent être appliquées de manière plus claire et plus concrète. Dans certaines localités, la reconversion professionnelle des pêcheurs reste lente.
Le chef du gouvernement a réitéré un principe central : « L’objectif prioritaire est double : assurer le développement durable de la filière halieutique vietnamienne et lever le carton jaune selon les recommandations de la Commission européenne. Il en va à la fois de la réputation nationale et des intérêts légitimes de la population« .
Des progrès encourageants
Malgré les difficultés persistantes, plusieurs avancées positives sont déjà visibles. Les violations des eaux étrangères par des navires vietnamiens ont nettement diminué ces derniers temps. Dans les grands ports de pêche du Centre, 100% des navires entrant ou sortant sont désormais contrôlés et doivent présenter des documents conformes.
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| Dans un port de pêche de la province de Khanh Hoà (Centre). |
| Photo : Công Thu/VNA/CVN |
Les sanctions ont été renforcées afin d’accroître leur effet dissuasif, conformément aux recommandations européennes. Plusieurs provinces ont également réglé la question des navires « trois sans », soit en les intégrant au système de gestion, soit en les radiant du registre.
Au 22 février 2026, les autorités locales avaient déjà intégré dans la base de données publique les informations concernant plus de 19.000 navires radiés depuis 2020. Les campagnes de sensibilisation et d’information juridique ont également été intensifiées, mobilisant l’ensemble du système politique afin d’accompagner les pêcheurs dans le respect des règles.
Peu à peu, grâce aux transformations observées chez les pêcheurs, sur les bateaux, dans les ports et lors de chaque sortie en mer, un avenir plus prometteur se dessine pour la filière halieutique vietnamienne : celui d’une pêche responsable, durable et pleinement intégrée au marché international.
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Câm Sa/CVN













