Traversées clandestines de la Manche : nouvel accord franco-britannique conclu

Un nouvel accord pour tenter d’empêcher les traversées clandestines de la Manche par des migrants a été conclu entre Paris et Londres, mais une partie de la contribution financière britannique sera désormais conditionnée à l’efficacité des mesures déployées en France.

 

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et son homologue britannique Shabana Mahmood à Loon-Plage lors de la signature d’un accord contre l’immigration irrégulière et les traversées, le 23 avril dans le Nord de la France.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et son homologue britannique Shabana Mahmood sont attendus jeudi 23 avril en milieu de journée près de Dunkerque (Nord) pour marquer l’aboutissement de ce nouvel accord et en évoquer les détails.

Après plusieurs mois d’âpres négociations, les deux pays ont trouvé un terrain d’entente pour reconduire durant les trois prochaines années le traité bilatéral de Sandhurst, signé en 2018 et renouvelé une première fois en 2023.

« Pour la première fois », le financement de Londres, qui pourra aller jusqu’à 766 millions d’euros sur trois ans, comprend « une part flexible » évaluée à 186 millions d’euros, conditionnée à l’efficacité des mesures pour empêcher les traversées clandestines vers le Royaume-Uni, selon une feuille de route consultée par l’AFP.

Seuls 580 millions d’euros sont donc assurés d’être versés par Londres. Ce montant représente toutefois déjà une hausse, puisque le Royaume-Uni avait contribué à hauteur de 540 millions sur la période 2023-2026.

Si les nouvelles mesures n’apportaient pas de « résultats suffisants, sur la base d’une évaluation annuelle conjointe, le financement sera réorienté sur de nouvelles actions », précise le document.

Selon les données officielles britanniques, 41.472 personnes ont rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni sur des petites embarcations en 2025. Ce chiffre est le deuxième plus élevé depuis le début de ces traversées en 2018.

Au moins 29 migrants sont morts en mer en 2025, selon un décompte de l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques, et six depuis le début de l’année.

Les forces de l’ordre françaises sont régulièrement accusées outre-Manche de ne pas en faire assez pour retenir ces embarcations de fortune qui prennent de plus en plus de risques pour éviter les contrôles sur les plages en embarquant directement leurs passagers dans l’eau, une méthode surnommée « taxi-boat ».

Le nouvel accord bilatéral prévoit d’augmenter de moitié les forces de l’ordre présentes sur le littoral français. Les effectifs seront ainsi portés à quelque 1.400 agents d’ici 2029.

Une unité de CRS, financée par la France, sera également dédiée à la lutte contre l’immigration clandestine et s’accompagnera du déploiement de drones, hélicoptères et moyens électroniques pour « mieux prévenir les tentatives de traversées », et réduire le nombre de départs en particulier des « taxi-boats ».

À quelques semaines d’élections locales, présentées par beaucoup comme cruciales pour son maintien au pouvoir, le gouvernement britannique travailliste de Keir Starmer, qui a promis de « reprendre le contrôle des frontières », est sous pression du parti d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage.

Entre 2018 et fin 2025, 179.000 demandes d’asile ont été déposées au Royaume-Uni par des personnes ayant traversé clandestinement la Manche, selon des données officielles britanniques. À fin 2025, 108.200 d’entre elles avaient obtenu une réponse, favorable dans 63% des cas.

Paris souligne que depuis le début d’année, les arrivées au Royaume-Uni ont diminué de moitié comparé à la même période de l’année dernière. Quelque 480 passeurs ont également été arrêtés en 2025, selon le ministère de l’Intérieur.

La collaboration entre le Royaume-Uni et la France a « déjà permis d’empêcher des dizaines de milliers de traversées », a rappelé Keir Starmer dans un communiqué dans la nuit de mercredi 22 à jeudi 23 avril.

« Cet accord historique nous permet d’aller plus loin : en renforçant le renseignement, la surveillance et la présence sur le terrain afin de protéger les frontières britanniques », a-t-il ajouté.

AFP/VNA/CVN

Shares: