Absence des studios américains, habitués de la Croisette et découvertes de jeunes pousses : le festival de Cannes lève le voile sur sa sélection jeudi 9 avril, un peu plus d’un mois avant le coup d’envoi des festivités, du 12 au 23 mai.
« Il y a une envie d’avoir des films et des auteurs qui veulent sortir de leur marge radicale et d’aller vers un public un peu plus large », analyse auprès de l’AFP Thomas Gastaldi, professionnel du secteur et fondateur du média Wask, très scruté par l’industrie à l’approche de Cannes en raison de ses pronostics souvent bien renseignés.
Une édition ouverte vers le public
Les conflits au Proche-Orient, en Ukraine et la succession des crises (énergétique, technologique…) poussent les cinéastes vers « quelque chose de plus aimable et plus ouvert », suppose-t-il.
« Les auteurs ont moins envie de raconter des choses au premier degré sur le mode: +C’est horrible dehors, donc j’ai envie de mettre des choses horribles à l’écran+ », décrypte ce consultant indépendant, qui dresse chaque année la liste des 100 films attendus à Cannes.
Les grands auteurs au rendez-vous
Comme d’habitude, le festival accueillera plusieurs de ses chouchous. L’Espagnol Pedro Almodovar postule à une septième sélection en compétition (mais aucune Palme d’or) avec Amarga Navidad, pour son retour au cinéma en espagnol.
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| Le cinéaste roumain Cristian Mungiu s’exprime sur scène dans le cadre du 60e Festival du film de New York, à l’Alice Tully Hall du Lincoln Center, le 9 octobre 2022, à New York. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
Le Roumain Cristian Mungiu, Palme d’or en 2007 pour Quatre mois, trois semaines, deux jours, pourrait lui aussi revenir pour une quatrième sélection en compétition avec Fjord, tourné en Norvège avec Renate Reinsve.
D’autres cinéastes abonnés à Cannes sont pressentis comme le Japonais Hirokazu Kore-eda (Palme d’or en 2018 pour Une affaire de famille), le Danois Nicolas Winding Refn (Drive) et l’Américain Joel Coen pour une première à Cannes sans son frère.
James Gray (La Nuit nous appartient) pourrait connaitre les honneurs d’une sixième sélection en compétition (un record pour un Américain) grâce à Paper Tiger, un polar dans le plus pur style des premiers films qui ont forgé son succès.
Les studios américains, grands absents
Contrairement à 2025 avec le dernier Mission : Impossible, aucune grosse production américaine ne devrait faire étape à Cannes pour une avant-première.
The Odyssey du britannico-américain Christopher Nolan, l’un des films les plus attendus de l’année, « n’est pas prêt », a confié en mars lors d’une interview à Variety le délégué général du festival, Thierry Frémaux.
Même chose pour Digger du réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu avec Tom Cruise, pour son premier film non affilié aux sagas Top Gun et Mission : Impossible depuis 2017.
Toy Story 5 devrait lui aussi enjamber la quinzaine cannoise pour se concentrer sur sa sortie le 17 juin (19 aux États-Unis).
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| Christopher Nolan prend la parole sur scène lors de la cérémonie des Kodak Film Awards, au ASC Clubhouse à Los Angeles, le 2 mars. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
Thierry Frémaux a laissé planer le doute sur Disclosure Day, le film de Steven Spielberg qui signe son retour à la science-fiction, mais la plupart des observateurs affirment qu’il n’en sera pas non plus.
Coup de projecteur sur les Français
L’absence des studios américains laisse le champ libre aux films français, à commencer par le dyptique De Gaulle, d’Antonin Baudry.
La première partie de ce biopic sur le général – incarné par Simon Abkarian -, centrée sur l’année 1940, devrait être présentée hors compétition.
La comédie musicale Peau d’homme, de Léa Domenach avec Catherine Deneuve et Karin Viard, adaptation d’une bande dessinée à succès, est aussi pressentie.
Particularité de cette année : « La grosse proportion de grands auteurs internationaux qui ont tourné des films en France avec des acteurs français » comme Asghar Farhadi, Kirill Serebrennikov ou Radu Jude, détaille Thomas Gastaldi.
« Quelle place pour ces films à côté des auteurs hexagonaux pour ne pas avoir une submersion d’œuvres françaises ? », interroge-t-il.
Comme lors des années précédentes, la conférence de presse de présentation de la sélection ne devrait dévoiler qu’environ 80% du programme, Thierry Frémaux se réservant le droit d’ajouter des œuvres dans les semaines qui suivent.
AFP/VNA/CVN





