La justice marocaine a condamné, jeudi 19 février à Rabat, dix-huit supporters sénégalais et un ressortissant français arrêtés après les violences survenues durant la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal. Les peines prononcées vont de trois mois à un an de prison ferme. Les avocats de la défense ont annoncé leur intention de faire appel.
Les prévenus ont comparu menottés devant le tribunal de Rabat. Ils étaient poursuivis pour hooliganisme, une qualification qui regroupe des actes de violence contre les forces de l’ordre, la dégradation d’équipements sportifs, l’envahissement de la pelouse et des jets de projectiles.
Le tribunal a infligé un an de prison ferme et 5 000 dirhams d’amende à neuf supporters. Six autres écopent de six mois de prison assortis d’une amende de 2 000 dirhams. Les trois derniers sont condamnés à trois mois de détention et 1 000 dirhams d’amende. Le ressortissant français d’origine algérienne, poursuivi pour jet de bouteille d’eau, reçoit également trois mois de prison et 1 000 dirhams d’amende.
À l’annonce du verdict, plusieurs supporters sénégalais ont protesté dans la salle d’audience. Leur avocat, Patrick Kabou, juge la décision « incompréhensible » et estime que ses clients servent de boucs émissaires. Il rappelle qu’un délai de dix jours permet d’interjeter appel. De son côté, l’avocat du prévenu français, Jaouad Benaissi, dit sa déception après le jugement.
Du côté de la Fédération sénégalaise de football, la réaction est marquée par la stupeur. Son porte-parole, Bakary Cissé, reconnaît que l’organisation ne s’attendait pas à des peines aussi lourdes.
Pendant l’audience, plusieurs supporters ont proclamé leur innocence tout en exprimant des regrets. Ils ont insisté sur les liens fraternels entre Marocains et Sénégalais et ont demandé à pouvoir rentrer dans leur pays. La procédure a toutefois souffert d’une barrière linguistique. Plusieurs prévenus, qui ne parlent que wolof, ont eu besoin de l’assistance du vice-consul du Sénégal à Casablanca pour traduire leurs propos.
Le parquet fonde l’accusation sur les images des caméras du stade Moulay Abdellah ainsi que sur des certificats médicaux de policiers et stadiers blessés. Les dégâts matériels sont estimés à plus de 370 000 euros. La défense conteste la solidité des preuves. Me Naïma El Guellaf affirme qu’aucun élément irréfutable n’établit la culpabilité des prévenus et plaide pour leur relaxe ou des peines alternatives.
Me Kabou met aussi en cause l’organisation du match. Il accuse un stadier d’avoir déclenché les violences en jetant une chaise vers les supporters sénégalais après le penalty manqué de Brahim Díaz.
Parallèlement à cette procédure judiciaire, la Confédération africaine de football a sanctionné fin janvier les deux fédérations nationales pour comportements antisportifs et manquements au fair-play. Pour l’avocat de la partie civile, Mustapha Simou, ces sanctions confirment la responsabilité des prévenus.
Le Maroc a accueilli la 35e édition de la Coupe d’Afrique des nations du 21 décembre au 18 janvier. Le pays doit également coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal.



