Bénin : zoom sur « Wuntun ce » un programme de Nadia Vihoutou Kponadou qui engage la jeunesse pour l’enracinement culturel

 

À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle (21 février), nous mettons en lumière Nadia Vihoutou Kponadou, initiatrice du programme . Sociolinguiste, traductrice et enseignante de fongbé (langue parlée dans la plupart des régions du Bénin), elle évolue aussi dans les médias comme journaliste de formation et communicante. Son initiative vise un objectif clair, renforcer l’attachement des enfants, adolescents et adultes béninois à leurs langues maternelles, à leurs valeurs culturelles et à leur identité nationale face à l’influence croissante de cultures extérieures.

Wuntun ce, qui signifie « Mon identité », se présente comme un programme d’enracinement culturel. Il cible les différentes couches de la société, avec une mise en œuvre concentrée dans la commune d’Abomey-Calavi, choisie pour son caractère cosmopolite. À travers cette initiative, Nadia Vihoutou Kponadou veut contribuer à la préservation des repères culturels et au développement d’une jeunesse consciente de ses racines.

Le programme s’articule autour de deux projets majeurs. Le premier, Wuntun ce Junior, prend la forme d’un dispositif éducatif organisé pendant les vacances scolaires. Il poursuit plusieurs objectifs : alphabétiser les enfants et adolescents, promouvoir les valeurs culturelles béninoises, encourager la consommation locale et renforcer le patriotisme ainsi que le sentiment d’appartenance. La première édition s’est tenue en 2024, suivie d’un accompagnement en 2025 à Abomey-Calavi, au sein de l’école privée La Sentinelle située à Maria-Gléta.

Une nouvelle édition se prépare pour les prochaines vacances. L’équipe prévoit un mécanisme de suivi des bénéficiaires. Ce dispositif reposera sur des activités mensuelles destinées à maintenir le lien avec les enfants encadrés, à renforcer durablement l’usage des langues maternelles et à accompagner leur évolution éducative, identitaire et socioprofessionnelle. Les parents et la communauté seront également associés au processus.

Le second pilier du programme repose sur la campagne digitale « Anɔnugbe ce, wuntun ce », qui signifie « Ma langue maternelle, mon identité ». Lancée en 2026, cette initiative sensibilise le grand public à l’importance des langues locales et à leur transmission aux jeunes générations. Elle vise aussi à déconstruire les préjugés souvent associés à leur usage. À travers des contenus pédagogiques et engageants, la campagne présente les langues locales comme des vecteurs de savoir, de science, de culture et de modernité, mais aussi comme des leviers essentiels de l’estime de soi et du développement.

À moyen terme, le programme ambitionne d’atteindre un nombre croissant d’enfants et d’adolescents et de fédérer une communauté de parents, d’éducateurs et de bénévoles engagés. Sur le long terme, Wuntun ce se veut un modèle d’éducation culturelle continue, reproductible à grande échelle, capable de former une génération d’enfants enracinés culturellement et prêts à assumer un leadership patriotique.

L’idée de Wuntun ce remonte à 2022. Elle a émergé pendant la participation de Nadia Vihoutou Kponadou à un camp d’éveil au leadership et à l’entrepreneuriat des jeunes filles organisé par l’ONG WolSI. Dans le cadre du processus de sélection, une question a marqué son parcours : identifier le plus grand défi du Bénin. Sa réponse s’est imposée avec conviction. Pour elle, le véritable défi reste le retour aux fondements culturels.

Cette position lui a valu une présélection puis une admission finale. Avec le temps, cette conviction s’est transformée en vision structurée. Refusant de laisser l’idée s’éteindre, elle a mobilisé d’autres jeunes engagés. Ensemble, ils ont constitué une équipe d’exécution et lancé concrètement le programme.

Depuis 2024, le projet fonctionne sur fonds propres. L’initiatrice reste convaincue que la pertinence de la cause mobilisera progressivement des partenaires et des institutions capables d’accompagner et d’amplifier son impact au Bénin.

 

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