La justice suisse a ordonné, vendredi 23 janvier, la libération de Jacques Moretti, propriétaire français du bar Le Constellation à Crans-Montana, théâtre d’un incendie meurtrier qui a coûté la vie à quarante personnes dans la nuit du Nouvel An. Cette décision a provoqué une vive indignation parmi les proches des victimes et leurs avocats.
Le tribunal du canton du Valais a levé la détention provisoire de Jacques Moretti après le versement d’une caution de 200 000 francs suisses, payée par un proche. Comme pour son épouse Jessica, copropriétaire de l’établissement et laissée libre depuis le début de la procédure, des mesures restrictives ont été imposées afin de limiter tout risque de fuite. Elles incluent notamment l’interdiction de quitter le territoire suisse et l’obligation de se présenter quotidiennement auprès des autorités.
La décision surprend et choque les familles endeuillées. Plusieurs avocats estiment que les risques de collusion et de disparition de preuves n’ont pas été suffisamment pris en compte. « C’est un scandale et une honte pour les victimes », a dénoncé Me Jean-Luc Addor, avocat d’une famille ayant perdu un adolescent dans le drame. D’autres conseils évoquent une décision « sidérante » au regard de la gravité des faits reprochés.
L’indignation dépasse les frontières suisses. En Italie, d’où sont originaires de nombreuses victimes, le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani s’est dit « sans voix », qualifiant la libération du prévenu d’affront aux familles endeuillées.
Jacques Moretti, 49 ans, est mis en cause avec son épouse dans l’enquête pénale ouverte après l’incendie. Ils sont poursuivis pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence. Les deux propriétaires ont été entendus par la justice valaisanne lors de longues auditions cette semaine. Le ministère public précise que l’instruction se poursuit et pourrait être élargie à toute personne dont la responsabilité pénale serait engagée.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le sinistre aurait été déclenché par des étincelles de bougies dites « fontaine », utilisées lors d’une célébration, qui ont enflammé une mousse insonorisante installée au plafond du sous-sol. La commune de Crans-Montana a reconnu des manquements dans les contrôles de sécurité, absents depuis 2019.
Le bilan humain reste lourd. Soixante-dix blessés sont toujours hospitalisés, dont plusieurs dans un état grave, en Suisse et dans d’autres pays européens.



