Cher frère Abdel Ouassagari,
Vous avez pris la parole pour qualifier les résultats provisoires des législatives du 11 janvier 2026 de « défaite comptable » assortie d’une « victoire morale et politique ». Les chiffres officiels de la CENA appellent toutefois une lecture plus rigoureuse.
Sur le verdict des urnes
Dans la 4ᵉ circonscription électorale, que vous revendiquez comme votre fief politique, les résultats sont les suivants : Bloc Républicain (BR) : 38 011 voix – 37,01 %; UP le Renouveau : 32 326 voix – 31,48 %; Les Démocrates (LD) : 25 877 voix – 25,20 %
Vous arrivez troisième, derrière deux formations politiques concurrentes, y compris sur votre propre terrain électoral. Dans ces conditions, parler de « victoire politique » ne correspond ni à la hiérarchie des suffrages ni à la logique démocratique.
Sur la notion de « victoire morale »
Une élection législative ne produit pas de victoire morale indépendante du vote populaire. Elle produit des élus, sur la base de règles connues à l’avance. La morale démocratique consiste à : convaincre davantage que ses adversaires, obtenir la majorité requise, et transformer l’adhésion en représentation parlementaire. Cela n’a pas été le cas pour votre formation politique.
Sur le code électoral que vous qualifiez d’« exclusion »
Le code électoral : était public avant le scrutin, a été appliqué à tous les partis sans distinction, n’a empêché aucune candidature. Il a simplement exigé une représentativité nationale minimale, principe courant dans les démocraties modernes. On ne peut pas concourir avec les règles de l’élection et les dénoncer après une défaite.
Sur la prétendue légitimité populaire des LD
Vous affirmez que « la légitimité populaire est dans votre camp ». Or, dans votre circonscription : une majorité d’électeurs a choisi d’autres partis, deux formations ont obtenu significativement plus de voix que Les Démocrates, et le seuil légal n’a pas été atteint. La légitimité politique se mesure comparativement, pas par auto-proclamation.
Sur l’argument du « parlement monocolore »
Un parlement n’est pas monocolore parce qu’un parti n’y siège pas. Il le serait uniquement si les électeurs avaient été privés de choix. Or : plusieurs partis ont concouru, les électeurs ont voté librement, et le verdict est clair. Ce n’est pas l’Assemblée qui exclut, ce sont les urnes qui départagent.
Sur les accusations de pressions, d’intimidations et de confiscations
Ces affirmations sont graves. En République, elles appellent des preuves étayées et des recours juridictionnels, non des insinuations générales a posteriori.
Mon cher frère Abdel Ouassagari,
Les élections du 11 janvier 2026 n’ont pas mis en échec la démocratie béninoise. Elles ont exprimé un choix populaire clair, y compris dans votre circonscription. La responsabilité d’un acteur politique après un scrutin n’est pas de réécrire le verdict des urnes, mais d’en tirer les leçons, de se remettre en question et de reconstruire une offre politique plus convaincante.
En démocratie, le peuple tranche. Les responsables politiques respectent.
SOUNON Karim



