Alors que les livraisons d’armes russes et chinoises se poursuivent au Sahel, une vidéo a fait le tour des réseaux sociaux ce 15 janvier. Il s’agit d’images créées de toutes pièces censées montrer l’acheminement de puissants missiles anti-aériens au Burkina Faso. Après vérifications, ce type de matériel n’a pas été vendu à ce pays et n’est pas utilisé, à ce jour, par l’Africa Corps : l’unité dédiée aux opérations africaines du ministère russe de la Défense.

La vidéo a très largement été diffusée. On la retrouve principalement sur X, TikTok et Facebook. Il s’agit d’une séquence d’une dizaine de secondes censée montrer un convoi de lance-missiles sol-air de la famille des S-300 russes, ou HQ9 chinois sur une route poussiéreuse du Burkina Faso. La vidéo a été vue plus d’un million de fois, en seulement 24 heures.

Des photos accompagnent ces publications. Elles laissent penser qu’elles ont été prises au même endroit. Afin d’ajouter à la confusion, la qualité de ces images a été volontairement dégradée. À l’écran, sur l’image fixe, un seul lance-missile regroupant quatre tubes de couleur grise apparaît sur son camion porteur : un engin appelé « TEL », pour Transporteur-Erecteur-Lanceur, dans le jargon des militaires.

Commentaires : « Les S300 arrivent au Burkina (…) Dans 10 ans, le Burkina Faso sera la superpuissance militaire de l’Afrique » ; ou encore : « Il ne s’agit pas d’une aide militaire de routine. Il s’agit de matériel stratégique conçu pour le contrôle de l’espace aérien à long terme ».
De l’avis des experts, il ne fait aucun doute que déployer des missiles de ce type au Sahel, serait le signe d’un accroissement significatif de la présence militaire russe dans la région, en permettant de « verrouiller » l’espace aérien au-dessus de certaines installations considérées comme stratégiques. Mais il n’en est rien.
L’IA se fait des nœuds
Une analyse détaillée des images permet de noter plusieurs invraisemblances techniques. Ainsi, sur les images du convoi, le train avant de l’un des véhicules comporte tour à tour, deux fois deux roues, mais aussi (en fonction des images) trois fois deux roues, ou encore un train classique avec simplement deux roues.
Les recherches en sources ouvertes permettent d’établir avec certitude que ce genre d’engin possède en fait deux fois deux roues à l’avant et deux fois deux roues à l’arrière, aussi bien dans la version russe que dans la version chinoise. Cela permet déjà de dire que l’outil d’IA employé a généré des aberrations.

En remontant la piste de la vidéo sur les réseaux, on s’aperçoit que certains comptes signalent que ces images ont été fabriquées grâce à l’intelligence artificielle. D’autres ne le mentionnent pas. À l’image, l’agencement des tubes lanceurs de missiles n’est pas conforme. Une comparaison avec des photos du véritable système prouve que l’IA a considérablement simplifié la pièce centrale sur laquelle les tubes sont montés. Enfin, l’un des lanceurs possède cinq tubes et non quatre comme dans la réalité.


Observation précise de la scène
Enfin, une observation attentive de la scène photographiée révèle plusieurs invraisemblances. Tout d’abord, l’ombre du véhicule sur la route n’a pas tout à fait la forme du véhicule. Les passants, dont certains sont à vélo, ne regardent pas le convoi alors que la présence inhabituelle de ces énormes véhicules aurait logiquement attiré leur attention.
Enfin, la masse des camions porteurs Almaz-Antey équipés de leurs missiles dépasse facilement les trente tonnes, mais le convoi qui roule à la limite entre le bitume et la latérite ne soulève pas de poussière et ne laisse aucune trace sur la terre.



