L’Assurance maladie alerte sur l’explosion du coût des médicaments innovants

L’Assurance maladie tire la sonnette d’alarme face à la hausse rapide des dépenses liées aux médicaments innovants, dont certains dépassent désormais 100.000 euros par an et par patient. En toile de fond, un enjeu majeur de soutenabilité pour le système de santé.

Sur les cinq dernières années, la consommation de médicaments a peu évolué en volume, avec une progression moyenne de 1,1 % par an. En revanche, la facture globale a fortement augmenté. En 2024, les montants effectivement remboursés par l’Assurance maladie, après négociations avec les laboratoires, ont atteint 27,2 milliards d’euros, soit une hausse annuelle de 7,2 %.

La montée en puissance des traitements très coûteux explique en grande partie cette dynamique. En 2015, un seul médicament dépassait un coût annuel de 100.000 euros par patient. En 2025, ils sont 21 à franchir ce seuil, avec des traitements dont le prix catalogue excède 185.000 euros par an et par patient. Deux médicaments atteignent même plus d’un million d’euros par patient et par an avant remises, dont Bylvay, prescrit à 51 patients atteints d’une maladie rare du foie, et Myalepta, destiné à 39 patients souffrant d’une pathologie grave du tissu graisseux. Dans ces cas, les réductions négociées peuvent atteindre jusqu’à 90 %.

Les anticancéreux concentrent une part majeure des dépenses. En 2024, deux traitements ont dépassé le milliard d’euros de remboursement. Keytruda a représenté à lui seul 2,1 milliards d’euros, tandis que Darzalex a atteint 1,05 milliard. L’Assurance maladie rappelle que le nombre de patients pris en charge pour des cancers progresse d’environ 3 % par an en France.

Si ces coûts sont souvent justifiés par l’apport thérapeutique, la question de l’efficience reste posée. Les médicaments innovants, bien que minoritaires en volume, pèsent de plus en plus lourd dans les comptes. En 2024, leur coût annuel moyen s’élève à 3.801 euros par patient, contre 161 euros pour les médicaments plus anciens. Les traitements dont le prix dépasse 1.000 euros ne représentent que 0,5 % des volumes remboursés, mais concentrent près d’un tiers de la dépense totale.

Pour le directeur général de la Caisse nationale de l’Assurance maladie, Thomas Fatôme, cette évolution constitue un véritable enjeu de soutenabilité. Il pointe l’essor d’innovations thérapeutiques destinées à des maladies rares et graves, désormais prises en charge, tout en appelant à une réflexion sur la pertinence de certains traitements.

L’Assurance maladie insiste sur un point clé : nouveauté ne rime pas toujours avec innovation. Selon ses données, près d’un tiers des médicaments encore sous brevet et remboursés n’apportent que peu ou pas d’amélioration par rapport aux traitements existants. Les dépenses liées aux médicaments considérés comme innovants sont ainsi passées de 8 milliards d’euros en 2017 à un peu plus de 10 milliards en 2024.

Ce constat intervient dans un contexte sensible, alors que l’accord-cadre encadrant la régulation des prix des médicaments doit être renégocié avec l’industrie pharmaceutique. Les laboratoires soulignent que plus d’un tiers des nouveaux médicaments autorisés en Europe ne sont pas disponibles en France et que les prix y figurent parmi les plus bas du continent. Un diagnostic que l’Assurance maladie nuance, défendant un système garantissant l’accès aux traitements innovants, tout en plaidant pour une logique de juste soin au juste prix.

 

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