Gabon : Oligui Nguema remanie l’exécutif, Oyima écarté et les ex-députés rappelés

 

Après plusieurs semaines d’intérim provoquées par la démission collective d’une vingtaine de ministres élus députés ou sénateurs, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a dévoilé, jeudi soir depuis Koulamoutou, la nouvelle architecture gouvernementale. Une équipe resserrée autour de 30 ministres, désormais coordonnée par Hermann Immongault, nommé vice-président du gouvernement.

Ce remaniement acte le retour de plusieurs anciens ministres devenus parlementaires, parmi lesquels Laurence Ndong, Mays Mouissi et Camélia Ntoutoume Leclercq. En revanche, il consacre la sortie de figures majeures de la précédente équipe. L’ancien ministre d’État à l’Économie et aux Finances, Henri-Claude Oyima, est écarté. Séraphin Akure Davain et Paul-Marie Gondjout quittent également définitivement l’exécutif.

Une recomposition stratégique au sommet
Le signal politique le plus fort réside dans la promotion de Hugues Alexandre Barro Chambrier, qui passe de vice-président du gouvernement à vice-président de la République, en remplacement de Séraphin Moundounga. Dans le même temps, Hermann Immongault abandonne le ministère de l’Intérieur pour prendre en main la coordination de l’action gouvernementale. Cette double bascule traduit la volonté du chef de l’État de verrouiller le pilotage politique tout en s’appuyant sur des cadres déjà aguerris durant la transition.

Le retour des « sortants », un renouvellement contraint
La nouvelle équipe marque aussi le retour de ministres contraints de quitter le gouvernement après leur élection au Parlement, situation à l’origine de l’intérim instauré depuis le 14 novembre. Politiquement, cette réintégration relativise la promesse de renouvellement souvent mise en avant depuis le début de la transition. Elle met en lumière les limites du vivier politique et la tendance de l’administration à recycler des profils déjà connus.

À mesure que la transition avance, l’exécutif se heurte à une équation classique : concilier fidélités, équilibres internes, expérience technocratique et exigence d’exemplarité. Au risque, pour l’opinion, de voir se dessiner une Ve République portée par des visages familiers, des réseaux inchangés et des pratiques héritées.

Des continuités assumées dans les secteurs sensibles
Plusieurs ministres conservent leurs portefeuilles, signe d’une volonté de stabilité sur des secteurs exposés. Philippe Tonangoye reste en charge de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie. Ulrich Manfoumbi Manfoumbi demeure aux Transports, avec le rang de ministre d’État. Camélia Ntoutoume Leclercq conserve l’Éducation nationale, également élevée au rang de ministère d’État. Lubin Ntoutoume reste à l’Industrie, Edgard Moukoumbi aux Travaux publics, Mark Alexandre Doumba à l’Économie numérique, tandis que Zenaba Gninga Chaning garde le Commerce, avec un périmètre élargi aux PME-PMI et à l’entrepreneuriat des jeunes.

Autre continuité notable, Brigitte Onkanowa reste à la Défense nationale et accède au statut de ministre d’État. Une reconnaissance de son rôle dans l’installation des nouvelles autorités et un signal fort donné au régalien, alors que les attentes sont fortes sur la sécurité, la discipline administrative et la stabilité institutionnelle.

Les changements clés : Intérieur, Justice, Finances et Diplomatie
Le ministère de l’Intérieur change de titulaire. Adrien Nguema Mba succède à Hermann Immongault. À la Justice, Augustin Emane remplace Séraphin Akure Davain, écarté du gouvernement. Aux Affaires étrangères, Marie-Edith Tassyla-Ye-Doumbénény prend le relais de Régis Onanga Ndiaye, désormais président de l’Assemblée nationale.

Le portefeuille de l’Économie et des Finances constitue l’un des pivots du remaniement. Henri-Claude Oyima disparaît de l’équipe gouvernementale. Il est remplacé par Thierry Minko, chargé notamment de la lutte contre la vie chère. La création d’un ministère délégué au Budget, confié à Marc Abeghe, traduit un resserrement du contrôle budgétaire dans un contexte de fortes tensions sociales et de contestations liées à la fiscalité.

Fusions et redécoupages sectoriels
Plusieurs portefeuilles connaissent des réaménagements majeurs. Les Eaux et Forêts, l’Environnement et le Climat sont désormais regroupés sous la responsabilité de Maurice Allogho Ntossui. Mays Lloyd Mouissi, jusque-là en charge de l’Environnement, bascule vers le Logement, l’Habitat, l’Urbanisme et le Cadastre.

Autre changement notable, Sosthène Nguéma Nguéma quitte le Pétrole et le Gaz pour prendre les Mines et les Ressources géologiques. Le Pétrole et le Gaz reviennent à Clotaire Kondja. Dans le secteur social, Armande Longo, épouse Moulengui, hérite des Affaires sociales avec une mention explicite de la protection de l’enfance et de la femme, marquant une fusion de compétences auparavant éclatées.

Nouveaux visages dans des secteurs à forte attente
Le ministère de la Santé change de main. Elza Ayo, épouse Bivigou, succède au Pr Adrien Mougougou. Le porte-parolat du gouvernement est déplacé et confié à Charles Edgard Mombo, également en charge de l’Enseignement supérieur. À la Communication et aux Médias, Germain Bihadjow remplace Paul-Marie Gondjout.

L’Agriculture est désormais dirigée par Pacôme Kossy, en remplacement d’Odette Polo. La Jeunesse et les Sports reviennent à Paul Ulrich Kessany. Autant de secteurs scrutés de près, tant ils concentrent des attentes immédiates en matière de santé publique, d’information, de production agricole, de cohésion sociale et d’encadrement de la jeunesse.

Un gouvernement à l’épreuve des résultats
Au final, le gouvernement dit « Oligui II » reconfigure le sommet de l’exécutif et redistribue plusieurs portefeuilles, sans rompre totalement avec les piliers de la transition. Le retour d’anciens ministres et la circulation des cadres entre ministères nourrissent l’idée d’un renouvellement partiel, plus stratégique que structurel.

La question centrale dépasse désormais la composition de l’équipe. Elle porte sur la capacité à produire des résultats concrets. Eau, électricité, sécurité, vie chère, santé et emploi constituent les tests immédiats. C’est sur ces terrains, bien plus que sur l’organigramme, que ce nouveau gouvernement sera jugé.

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