Bénin : voici l’essentiel de ce qu’il faut retenir de la conférence inaugurale du Prix Nobel James Robinson

 

 

La sixième édition des Journées scientifiques de l’économie béninoise (JSEB) a donné une place centrale à l’intervention du Professeur James Robinson, Prix Nobel d’économie 2024. Sa conférence inaugurale a proposé une lecture originale de l’histoire institutionnelle de l’Afrique subsaharienne afin d’expliquer la trajectoire particulière du continent dans la grande divergence économique mondiale. Le rapport a été présenté au public par le Professeur Jude Eggoh, hier soir, vendredi 28 novembre 2025 à Cotonou.

Pour lui, le Professeur Robinson a rappelé que l’Afrique a longtemps été caractérisée par une forte fragmentation politique. Des milliers de communautés autonomes coexistaient sur le continent. Cette fragmentation a résulté d’une organisation sociale réfléchie et non d’une faiblesse. Elle a permis de préserver l’équilibre au sein des groupes tout en empêchant les concentrations excessives de pouvoir.

Il a présenté la notion de « Wealth in People ». Cette approche définit la richesse comme la capacité à mobiliser et conserver des relations humaines. Les sociétés africaines ont construit leurs structures à partir des lignages et des clans. Elles ont combiné collectivisme et individualisme affirmé. Cette combinaison a favorisé la cohésion tout en limitant la centralisation politique.

Le Professeur James Robinson a expliqué que certains États centralisés ont émergé. Il a cité les royaumes asante, dahoméen, mwandi et zoulou. Ces États ont reposé sur des mécanismes hybrides associant autorité politique et organisation lignagère. Il a aussi souligné que l’Afrique s’est distinguée par une forte ouverture envers les étrangers. Ceux-ci ont souvent été accueillis comme une ressource sociale. Cette norme a consolidé la coexistence pacifique entre groupes. Elle a aussi freiné l’expansion territoriale.

Il a montré que les institutions économiques et religieuses ont suivi la même logique. L’économie a d’abord valorisé les relations humaines. Elle n’a pas recherché l’accumulation matérielle. Cette orientation a retardé la formation de marchés fonciers et l’émergence de technologies à grande échelle. La religion, centrée sur les ancêtres, n’a pas développé de doctrine universaliste. Elle n’a pas cherché à s’imposer au-delà des communautés.

Le Prix Nobel a rappelé que ces structures ont procuré une stabilité durable. Elles ont cependant rendu les sociétés vulnérables aux chocs extérieurs. La traite négrière et la colonisation ont exploité et aggravé la fragmentation politique existante. Ces chocs ont bouleversé des équilibres patiemment construits.

James Robinson a retenu trois éléments qui ont façonné la trajectoire institutionnelle africaine. Il a parlé de la combinaison singulière de collectivisme et d’individualisme. Il a évoqué l’ouverture envers les étrangers. Il a souligné l’absence de religions universalistes. Ces caractéristiques ont donné au continent une identité institutionnelle originale. Elles expliquent aussi les défis auxquels les États africains font face dans leur construction contemporaine.

En gros, sa conférence a fourni aux chercheurs et aux décideurs des outils d’analyse nouveaux. Elle a renforcé l’intérêt scientifique d’une édition déjà marquée par la qualité des communications et par la diversité des contributions présentées…

 

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